Santé & bien-être23 octobre 2026

Vermifuger son cheval à l'automne : moins souvent, mais mieux

Par Equipe

Vermifuger son cheval à l'automne : moins souvent, mais mieux

Vermifuger tous les deux mois fabrique des vers résistants. Coproscopie, larves enkystées, ténias : pourquoi l'automne reste le rendez-vous à ne pas rater.

Pendant des décennies, la règle était simple : un vermifuge tous les deux mois, pour tous les chevaux de l'écurie, en changeant de produit de temps en temps. Cette règle a fait son temps. À force de traiter tout le monde, tout le temps, on a sélectionné des vers qui résistent aux vermifuges, et certains médicaments n'ont déjà presque plus d'effet sur les parasites les plus courants du cheval. Les vétérinaires recommandent désormais l'inverse : vermifuger moins souvent, mais mieux, en s'appuyant sur des analyses de crottins.

Il y a pourtant un moment de l'année où presque tous les chevaux adultes ont besoin d'un traitement : la fin de l'automne. Ce guide explique pourquoi, quels parasites sont en cause, comment fonctionne la coproscopie, et comment construire avec votre vétérinaire un calendrier qui protège à la fois votre cheval et l'efficacité des vermifuges de demain.

1. Pourquoi l'automne est le rendez-vous clé

La plupart des vers du cheval ont un cycle qui passe par le pré. Le cheval avale des larves en broutant, elles se développent dans son intestin, les adultes pondent des œufs, et ces œufs repartent dans les crottins pour donner de nouvelles larves dans l'herbe. Au fil de la saison de pâturage, la contamination du pré s'accumule.

À l'automne, deux phénomènes se superposent :

  • Les larves de petits strongles s'enkystent. Une partie des larves avalées ne se développent pas tout de suite : elles s'enfouissent dans la paroi du gros intestin et y attendent, parfois des mois. En automne et en hiver, ces larves enkystées peuvent représenter jusqu'à 90 % de la charge parasitaire d'un cheval. Or elles ne pondent pas : la coproscopie ne les voit pas.
  • Les ténias atteignent leur pic. Les charges en ténias sont les plus élevées en fin de saison de pâturage. Eux aussi sont mal détectés par la coproscopie classique.

Ajoutez à cela les larves de gastérophiles, avalées pendant l'été et logées dans l'estomac, que l'on cible une fois les mouches disparues après les premières gelées (voir notre guide des insectes et du cheval). Vous avez là les trois raisons pour lesquelles un traitement de fin d'automne, choisi avec votre vétérinaire, reste recommandé pour la plupart des chevaux adultes, même ceux qui n'excrètent presque pas d'œufs le reste de l'année.

2. Les parasites à connaître

Tous les vers ne se valent pas, et ils ne touchent pas tous les mêmes chevaux. Les principaux :

ParasiteChevaux surtout concernésPériode sensibleComment on le repère
Petits strongles (cyathostomes)Tous, et ce sont les plus fréquentsToute la saison de pâturage ; larves enkystées en automne-hiverCoproscopie pour les adultes ; les larves enkystées ne se voient pas
Grands stronglesTous, devenus rares grâce aux vermifugesSaison de pâturageCoproscopie (œufs semblables aux petits strongles) ; une coproculture permet de les distinguer
TéniasTous les chevaux au préFin de saison de pâturageMal vus en coproscopie classique ; test salivaire ou sanguin possible
AscarisPoulains et jeunes chevauxPremière année de vieCoproscopie
GastérophilesChevaux au pré l'étéLarves dans l'estomac de l'automne au printempsŒufs jaunes sur les poils en été
OxyuresTous, souvent en box ou en paddockToute l'annéeDémangeaisons de la queue, test au ruban adhésif

Chez l'adulte, ce sont les petits strongles qui posent l'essentiel des problèmes : ils sont présents chez presque tous les chevaux qui pâturent, et ce sont eux qui ont développé le plus de résistances. Chez le poulain, l'ennemi numéro un est l'ascaris, qui peut provoquer des obstructions intestinales graves.

3. Pourquoi on ne vermifuge plus « tous les deux mois »

Chaque traitement tue les vers sensibles au vermifuge et laisse survivre les rares vers naturellement résistants. Ce sont eux qui se reproduisent ensuite. Plus on traite souvent, plus cette sélection est rapide : c'est exactement ce qui s'est passé avec le vermifuge systématique. Aujourd'hui, l'une des familles de vermifuges les plus anciennes est largement inefficace contre les petits strongles dans le monde entier, des résistances apparaissent contre d'autres familles, et chez le poulain, des ascaris résistants ont été signalés. Aucune nouvelle famille de vermifuge pour chevaux n'est attendue à court terme : il faut préserver celles qui marchent encore.

La bonne nouvelle, c'est que les vers sont très inégalement répartis. Selon l'IFCE, 15 à 30 % des chevaux de plus de 3 ans excrètent à eux seuls 80 % des œufs de strongles. Et ce statut de « fort » ou « faible » excréteur est remarquablement stable au cours de la vie d'un cheval. D'où l'idée de la vermifugation raisonnée : repérer les forts excréteurs par analyse, et ne traiter régulièrement qu'eux pendant la saison de pâturage.

Ne pas vermifuger un cheval qui n'en a pas besoin, ce n'est pas le négliger : c'est laisser dans le pré des vers encore sensibles aux traitements, qui « diluent » les résistants. C'est ce qu'on appelle la population refuge, et c'est elle qui garde les vermifuges efficaces.

4. La coproscopie, mode d'emploi

La coproscopie est l'analyse d'un échantillon de crottin au laboratoire : on y compte les œufs de vers, exprimés en œufs par gramme (OPG). C'est un examen simple et peu coûteux, que la plupart des vétérinaires et laboratoires proposent.

Comment prélever : ramassez un crottin frais, idéalement juste émis, en prenant plusieurs crottes plutôt qu'une seule, dans un sachet hermétique bien identifié (nom du cheval, date). Gardez-le au frais — pas au congélateur — et déposez-le rapidement au laboratoire ou chez votre vétérinaire. Faites le prélèvement à distance du dernier vermifuge : votre vétérinaire vous indiquera le délai, qui dépend du produit utilisé.

Comment lire le résultat : l'IFCE retient trois catégories pour les strongles chez le cheval adulte.

  • Moins de 200 OPG : faible excréteur.
  • De 200 à 500 OPG : excréteur modéré.
  • Plus de 500 OPG : fort excréteur.

Une seule analyse ne suffit pas à classer un cheval : le statut s'établit sur au moins trois coproscopies successives. À titre indicatif, l'IFCE retient 1 à 2 traitements par an pour les faibles et modérés excréteurs (soit la grande majorité des chevaux), et 3 à 4 pour les forts excréteurs, à ajuster selon le risque de contamination du pré.

Le test d'efficacité. Une coproscopie faite avant le vermifuge, puis une seconde environ 10 à 14 jours après, permet de mesurer de combien le nombre d'œufs a baissé. Si la réduction est faible — moins de 90 % est souvent retenu comme signal d'alerte —, le vermifuge est peut-être moins efficace dans votre écurie. C'est le seul moyen de le savoir, et c'est une information précieuse pour choisir les traitements suivants.

5. Le calendrier type d'une année

Chaque écurie est différente, mais la trame recommandée ressemble à ceci, pour des chevaux adultes au pré dans un climat tempéré. Elle se construit avec votre vétérinaire.

PériodeCe qu'on faitPourquoi
PrintempsCoproscopie de tous les chevaux ; traitement des forts excréteursLimiter la contamination du pré au moment où l'herbe repart
ÉtéCoproscopie de suivi selon le statut et la charge du pré ; ramassage des crottinsLes larves se développent vite dans l'herbe chaude et humide
Fin d'automne (après les premières gelées)Traitement de fin de saison pour la plupart des adultes, ciblant les larves enkystées, les ténias et, selon les cas, les gastérophilesCes parasites échappent à la coproscopie et sont à leur pic
HiverSurveillance : diarrhée, amaigrissement, coliquesPériode où les larves enkystées peuvent se réveiller en masse
Toute l'annéeCoproscopie et traitement de tout nouvel arrivant avant sa mise au préNe pas introduire de vers résistants dans l'écurie

Seules certaines molécules agissent sur les larves enkystées, et d'autres sur les ténias : le choix du produit de fin d'automne n'est donc pas anodin. Un vermifuge qui ne cible pas les larves enkystées, donné à cette période, ne protège pas contre elles. C'est précisément le genre de décision à prendre avec votre vétérinaire, qui connaît l'historique de l'écurie et, idéalement, les résultats des tests d'efficacité.

6. Le pré, premier des vermifuges

Le meilleur vermifuge ne remplace pas un pré bien géré. Puisque le cycle des vers passe par l'herbe, chaque crottin laissé au sol est une réserve de larves pour les semaines à venir. Quelques gestes font une vraie différence :

  • Ramasser les crottins au moins deux fois par semaine. C'est la mesure la plus efficace connue : une étude suédoise a montré qu'elle réduisait nettement les larves dans l'herbe, et certains spécialistes l'estiment aussi efficace que les programmes de vermifugation les plus stricts. Le hersage par temps sec, lui, n'a pas montré le même effet.
  • Ne pas surcharger les prés. Plus il y a de chevaux par hectare, plus la contamination est forte et plus les chevaux broutent près des crottins.
  • Faire tourner et reposer les parcelles. Les larves survivent plusieurs semaines dans l'herbe, davantage par temps frais et humide. Un long repos d'une parcelle réduit fortement sa contamination.
  • Pâturer avec d'autres espèces. Les strongles du cheval ne se développent pas chez les bovins ni chez les moutons, qui « nettoient » le pré en broutant. Le pâturage mixte ou alterné est une piste intéressante, même si son effet chez le cheval a été moins étudié que chez les ruminants.
  • Mettre en quarantaine les nouveaux venus. Coproscopie, traitement si besoin, et quelques jours au paddock avant de rejoindre le troupeau.

Vous cherchez une pension ? La gestion des prés et la politique de vermifugation font partie des bonnes questions à poser : retrouvez les écuries et pensions référencées sur Premier Galop.

7. Les cas particuliers

  • Poulains et jeunes chevaux (de 2 mois à 3 ans) : leur immunité contre les vers est encore faible. Ils sont vermifugés plus régulièrement, 3 à 4 fois par an selon l'IFCE, avec un programme adapté aux ascaris puis aux strongles. La vermifugation raisonnée par coproscopie concerne d'abord les adultes.
  • Juments pleines et poulinières : tous les vermifuges ne conviennent pas pendant la gestation ; le programme se cale avec le vétérinaire autour de la date du poulinage.
  • Chevaux âgés : leur immunité peut baisser avec l'âge, et certains souffrent de PPID (l'ancienne « maladie de Cushing »), qui les rend plus vulnérables aux parasites. Les coproscopies sont à suivre de plus près. Sur le PPID et ses liens avec la saison, voir notre article sur la fourbure d'automne.
  • Chevaux maigres, jeunes ou nouvellement arrivés : ce sont les plus exposés à la cyathostomose larvaire (voir ci-dessous).

Ce qu'il faut retenir

Le vermifuge « tous les deux mois pour tout le monde » appartient au passé : il a rendu les vers résistants. Aujourd'hui, on analyse avant de traiter. La coproscopie repère les quelques chevaux qui excrètent l'essentiel des œufs, et ce sont eux qu'on traite pendant la saison de pâturage. Le pré, lui, se gère au quotidien : ramassage des crottins, rotation, chargement raisonnable.

Mais la fin de l'automne reste un rendez-vous à ne pas manquer. Larves enkystées et ténias échappent à la coproscopie et sont à leur pic : un traitement ciblé, choisi avec votre vétérinaire, protège votre cheval pendant l'hiver. Moins de vermifuge, mieux choisi, au bon moment : c'est la meilleure façon de protéger votre cheval aujourd'hui, et les vermifuges de demain.

Vous préparez l'arrivée d'un cheval ? Notre guide pour acheter son premier cheval vous aidera à bien démarrer, et notre article sur le coût d'un cheval détaille le budget vétérinaire à prévoir. Et pour passer l'hiver sereinement, pensez aussi à notre guide pour tondre et couvrir son cheval.

Mettre en place une vermifugation raisonnée pour son cheval

Durée estimée : P1Y

  1. 1

    Faites le point avec votre vétérinaire : historique des vermifuges de l'écurie, âge et mode de vie de chaque cheval, nombre de chevaux par parcelle. C'est lui qui construira le calendrier et choisira les produits.

  2. 2

    Réalisez une coproscopie pour chaque cheval adulte, à distance du dernier vermifuge : un crottin frais, plusieurs crottes, dans un sachet hermétique gardé au frais et déposé rapidement au laboratoire.

  3. 3

    Classez chaque cheval selon le résultat en œufs par gramme (OPG) : moins de 200 pour un faible excréteur, de 200 à 500 pour un excréteur modéré, plus de 500 pour un fort excréteur. Confirmez le statut sur au moins trois analyses successives.

  4. 4

    Pendant la saison de pâturage, ne traitez régulièrement que les forts excréteurs, selon le calendrier défini avec votre vétérinaire, et contrôlez l'efficacité du vermifuge par une seconde coproscopie 10 à 14 jours après le traitement.

  5. 5

    En fin d'automne, après les premières gelées, faites réaliser le traitement de fin de saison recommandé par votre vétérinaire contre les larves enkystées de petits strongles et les ténias, que la coproscopie ne détecte pas.

  6. 6

    Gérez le pré toute l'année : ramassez les crottins au moins deux fois par semaine, évitez la surcharge, faites tourner les parcelles et mettez chaque nouvel arrivant en quarantaine avec coproscopie avant de le lâcher avec le troupeau.

Questions fréquentes

Quand faut-il vermifuger son cheval à l'automne ?+

Le traitement de fin de saison se fait généralement à la fin de l'automne ou au début de l'hiver, après les premières gelées. C'est le moment où les larves enkystées de petits strongles et les ténias sont à leur pic, et où les mouches qui pondent les œufs de gastérophiles ont disparu. Ces parasites échappant en grande partie à la coproscopie, ce traitement est recommandé pour la plupart des chevaux adultes, même faibles excréteurs. Le choix du produit et la date exacte se décident avec votre vétérinaire, car seules certaines molécules agissent sur les larves enkystées et sur les ténias.

Qu'est-ce que la vermifugation raisonnée ?+

C'est une façon de vermifuger qui remplace le traitement systématique de tous les chevaux tous les deux mois par des traitements ciblés, décidés à partir d'analyses de crottins (coproscopies). Comme 15 à 30 % des chevaux adultes excrètent à eux seuls environ 80 % des œufs de strongles selon l'IFCE, on repère ces forts excréteurs et on ne traite régulièrement qu'eux pendant la saison de pâturage. Les autres reçoivent en général un à deux traitements par an, dont celui de fin d'automne. L'objectif est de garder les chevaux en bonne santé tout en freinant l'apparition de vers résistants aux vermifuges.

Comment faire une coproscopie pour son cheval ?+

Ramassez un crottin frais, idéalement juste émis, en prenant plusieurs crottes, et placez-le dans un sachet hermétique identifié au nom du cheval avec la date. Conservez-le au frais, sans le congeler, et déposez-le rapidement chez votre vétérinaire ou dans un laboratoire. Faites le prélèvement à distance du dernier vermifuge, selon le délai indiqué par votre vétérinaire. Le résultat s'exprime en œufs par gramme (OPG) : moins de 200 correspond à un faible excréteur, 200 à 500 à un excréteur modéré, plus de 500 à un fort excréteur.

Pourquoi les vermifuges ne marchent-ils plus aussi bien ?+

Parce que des décennies de traitements systématiques ont sélectionné des vers résistants : chaque vermifuge tue les vers sensibles et laisse survivre les résistants, qui se reproduisent ensuite. L'une des familles de vermifuges les plus anciennes est aujourd'hui largement inefficace contre les petits strongles, des résistances apparaissent contre d'autres familles, et des ascaris résistants ont été signalés chez le poulain. Pour savoir si un vermifuge fonctionne encore dans votre écurie, on compare une coproscopie faite avant le traitement à une seconde faite 10 à 14 jours après : une baisse inférieure à 90 % est un signal d'alerte.

Quels sont les signes d'un cheval infesté par les vers ?+

Souvent, il n'y en a aucun : un cheval en bon état peut être un fort excréteur, d'où l'intérêt de la coproscopie. Une infestation importante peut se traduire par un amaigrissement, un poil terne, une baisse de forme, des coliques ou de la diarrhée ; chez le poulain, un ventre gonflé et une croissance ralentie ; avec les oxyures, des démangeaisons de la queue. Une diarrhée brutale avec amaigrissement rapide ou gonflements, en fin d'automne, en hiver ou au printemps, peut signaler une cyathostomose larvaire, une urgence vétérinaire potentiellement mortelle.

Ramasser les crottins au pré sert-il vraiment contre les vers ?+

Oui, c'est même l'une des mesures les plus efficaces. Les vers du cheval passent par l'herbe : les œufs rejetés dans les crottins donnent des larves que les chevaux avalent en broutant. Ramasser les crottins au moins deux fois par semaine réduit nettement le nombre de larves dans le pré, selon une étude suédoise, et certains spécialistes jugent cette mesure aussi efficace que les programmes de vermifugation les plus stricts. Elle se complète par un chargement raisonnable, la rotation des parcelles et, si possible, le pâturage avec des bovins ou des moutons.

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