
Mouches, taons, culicoïdes, tiques, gastérophiles : qui pique quand, ce qu'ils transmettent, comment protéger son cheval — et pourquoi la saison change tout à l'achat.
Il y a une statistique que tout propriétaire connaît d'instinct sans l'avoir jamais lue : à partir de la fin du printemps, une bonne partie de l'énergie d'un cheval au pré passe à se défendre. Battements de queue, secouements de tête, piétinements, galops de fuite au milieu de l'après-midi, chevaux agglutinés tête-bêche dans un coin d'ombre. On a pris l'habitude d'appeler ça « les mouches », au singulier collectif, comme une nuisance météorologique qu'il faudrait subir jusqu'à l'automne.
C'est une erreur d'appréciation à deux titres. D'abord parce qu'il ne s'agit pas d'un seul ennemi mais d'une dizaine d'espèces différentes, qui ne piquent ni au même moment, ni au même endroit du corps, ni pour les mêmes raisons — et qui ne se combattent donc pas de la même façon. Ensuite parce que certaines d'entre elles ne se contentent pas de gêner : elles transmettent des maladies, déclenchent des allergies invalidantes, ou déposent des œufs dont on ne verra les conséquences que plusieurs mois plus tard, en plein hiver.
Ce guide reprend la saison dans l'ordre : quel insecte à quel moment, comment l'identifier à la lésion qu'il laisse, ce qu'il transmet réellement, et comment construire une protection qui tient — dans le bon ordre d'efficacité. Et parce que Premier Galop est une plateforme de vente, il se termine par le chapitre que personne n'écrit : ce que la saison des insectes change quand on achète ou qu'on vend un cheval.
1. Le calendrier des nuisibles, de mai aux premières gelées
La première chose à comprendre, c'est que la pression parasitaire ne dessine pas une cloche régulière avec un pic en juillet. Elle se compose de plusieurs vagues qui se chevauchent, portées par des espèces différentes, avec des relances d'arrière-saison que la plupart des propriétaires n'anticipent pas.
Les dates ci-dessous sont des ordres de grandeur pour un climat tempéré de plaine. Elles glissent facilement de trois à quatre semaines selon l'altitude, la latitude et l'année : un printemps précoce avance tout le calendrier, un automne doux le prolonge très tard.
| Période | Ce qui domine | Moment de la journée | Le réflexe de saison |
|---|---|---|---|
| Avril – mai | Premières tiques (pic de printemps), premières mouches | Journée, en zones boisées et hautes herbes | Inspection du cheval après chaque sortie en extérieur |
| Mai – juin | Montée des mouches piqueuses ; démarrage des culicoïdes | Journée, puis crépuscule | Mise en place de la protection avant les premières lésions |
| Juin – août | Pic général : taons, stomoxes, mouches, moustiques | Plein jour et heures chaudes pour les taons | Sorties de nuit ou tôt le matin plutôt qu'en après-midi |
| Juillet – septembre | Gastérophiles : pontes visibles sur les membres | Journée ensoleillée, cheval au pré | Retirer les œufs ; noter la date pour le vermifuge d'hiver |
| Août – octobre | Culicoïdes au plus fort ; mouches d'automne | Aube et crépuscule, temps calme et humide | Rentrer aux heures de vol ; ne pas relâcher la protection |
| Septembre – novembre | Second pic des tiques | Journée, tant qu'il ne gèle pas | Reprendre les inspections quotidiennes : c'est le moment oublié |
| Après les gelées | Activité de vol quasi nulle | — | Vermifugation d'arrière-saison ciblant les larves de gastérophiles |
Retenez surtout la dernière ligne et l'avant-dernière. La croyance selon laquelle « la saison des insectes finit avec les vacances » coûte cher : c'est précisément en septembre et octobre que les tiques repartent et que les culicoïdes atteignent leur maximum d'abondance dans beaucoup de régions.
2. Qui pique quoi : reconnaître l'agresseur à sa trace
On identifie rarement l'insecte en vol. En revanche, la zone du corps touchée et l'heure à laquelle le cheval s'agite permettent presque toujours de remonter à l'espèce. C'est la clé de toute la stratégie : on ne protège pas un cheval contre un culicoïde comme on le protège contre un taon.
| Insecte | Quand | Où sur le cheval | Signe caractéristique |
|---|---|---|---|
| Mouche domestique | Journée | Yeux, naseaux, plaies | Ne pique pas, mais se nourrit des sécrétions : larmoiement, croûtes aux commissures |
| Mouche d'automne | Fin d'été et automne | Contour des yeux surtout | Très collante, difficile à chasser ; favorise les conjonctivites |
| Stomoxe (mouche piqueuse) | Journée | Membres, ventre, poitrail | Piqûre douloureuse : le cheval tape du pied et se déplace sans cesse |
| Taon | Heures chaudes, temps lourd | Encolure, dos, flancs, membres | Piqûre franche et sanglante ; déclenche des galops de fuite brutaux |
| Culicoïde (moucheron) | Aube et crépuscule, temps calme | Crinière, garrot, ligne du dos, base de la queue, ventre | Démangeaison intense : le cheval se frotte jusqu'à s'arracher les crins |
| Moustique | Crépuscule et nuit | Zones peu poilues | Nuisance directe modérée, mais rôle de vecteur |
| Tique | Printemps et automne | Encolure, ganaches, aisselles, aine, mamelle ou fourreau, base de la queue | Parasite fixé, visible et palpable : peau fine et zones abritées |
| Gastérophile | Été | Antérieurs, épaules, ganaches | Petits œufs jaunes collés aux poils : l'insecte ne pique pas, il pond |
3. Ce qu'ils transmettent réellement
C'est ici que le sujet cesse d'être une histoire de confort. Trois problèmes dominent nettement en fréquence, un quatrième mérite d'être connu, et un cinquième relève de la surveillance sanitaire.
La dermite estivale récidivante (DERE)
C'est la conséquence la plus lourde, et de loin la plus fréquente. Il ne s'agit pas d'une simple irritation mais d'une réaction allergique à la salive des culicoïdes : chez un cheval sensibilisé, quelques piqûres suffisent à déclencher une démangeaison difficilement supportable. Le cheval se frotte contre tout ce qu'il trouve, s'arrache la crinière et les crins de la queue, ouvre la peau, et les lésions se surinfectent.
Trois caractéristiques en font un sujet à part. D'abord elle est saisonnière : elle apparaît avec les culicoïdes et s'apaise après les premières gelées, ce qui explique qu'un cheval puisse paraître parfaitement sain de novembre à avril. Ensuite elle est récidivante : une fois installée, elle revient chaque année, souvent en s'aggravant, et l'on parle de gestion à vie plutôt que de guérison. Enfin elle est sélective : certaines lignées et certaines races y sont nettement plus sujettes que d'autres, ce qui est bien documenté chez les chevaux nordiques et chez plusieurs races de poneys et de chevaux à sang froid.
Cela n'a rien d'anecdotique pour un acheteur. Une dermite installée impose une gestion quotidienne toute la belle saison, restreint l'usage du cheval, pèse sur son confort — et donc sur sa valeur.
La piroplasmose, transmise par les tiques
Les tiques sont les vecteurs de la piroplasmose équine, une maladie parasitaire qui s'attaque aux globules rouges. Les signes d'appel sont peu spécifiques et c'est ce qui la rend piégeuse : fièvre, abattement, perte d'appétit, baisse de forme inexpliquée, parfois muqueuses anormalement pâles ou jaunâtres, urines foncées. Un cheval qui « n'a rien » mais qui ne récupère plus mérite une prise de sang.
Deux points pratiques. Le retrait précoce de la tique compte : on l'extrait entière avec un crochet adapté, sans l'écraser, sans l'endormir avec un produit, puis on désinfecte et on surveille la zone. Et surtout, la piroplasmose est un sujet sensible au passage des frontières : certains pays exigent un dépistage négatif à l'importation. Pour un cheval destiné à l'export, un statut positif — même sans aucun symptôme — peut fermer des débouchés commerciaux entiers. C'est une question à poser avant l'achat, pas après.
Les gastérophiles, dont le problème n'est pas la piqûre
Voilà le cycle le plus contre-intuitif de la saison. La mouche adulte ne pique pas : elle colle en plein été de petits œufs jaunes sur les poils des antérieurs, des épaules et des ganaches. Le cheval les avale en se léchant, et les larves passent l'hiver fixées à la paroi de son estomac. Le préjudice arrive donc des mois après la ponte, à une saison où plus personne ne pense aux insectes.
D'où deux gestes qui n'en font qu'un : retirer mécaniquement les œufs visibles pendant l'été — un couteau à pansage ou une pierre adaptée suffit, un pansage attentif de la région suffit déjà à en enlever beaucoup — et prévoir avec son vétérinaire la vermifugation d'arrière-saison ciblant les gastérophiles, réalisée après les premières gelées, quand les mouches adultes ne volent plus. Cette date est le point final logique de toute la saison des insectes.
L'habronémose, ou pourquoi une plaie d'été ne se referme pas
Un cas classique et mal connu : une plaie qui traîne au-delà du raisonnable en pleine saison chaude, bourgeonnante, prurigineuse, souvent située sur un membre, à l'angle de l'œil ou sur les zones que le cheval ne peut pas protéger. Les mouches déposent des larves parasitaires au niveau des plaies et des muqueuses, ce qui entretient une inflammation qui ne cède pas aux soins locaux ordinaires. La conclusion pratique est simple : en été, une plaie se protège des mouches autant qu'elle se désinfecte, et une plaie qui stagne se montre au vétérinaire plutôt que de se traiter à l'aveugle.
Les maladies vectorielles surveillées
Enfin, moustiques et culicoïdes sont, à l'échelle européenne, les vecteurs de maladies faisant l'objet d'une surveillance sanitaire — le virus West Nile en est l'exemple le plus connu chez le cheval, avec une circulation variable selon les régions et les années, et une vaccination qui existe. Ce n'est pas le risque quotidien du propriétaire moyen, mais c'est une raison de plus de suivre les bulletins de veille sanitaire de son pays et d'aborder la question du protocole vaccinal avec son vétérinaire, d'autant que les recommandations diffèrent entre la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg.
4. Le protocole en trois couches
La plupart des propriétaires commencent par la couche 3 — le répulsif — et s'arrêtent là. C'est exactement l'inverse de l'ordre d'efficacité. Une stratégie qui tient se construit du milieu vers l'animal.
Couche 1 — Agir sur le milieu (la plus efficace, la moins pratiquée)
Chaque insecte a besoin d'un site de ponte, et la quasi-totalité de ces sites sont sous votre contrôle direct. C'est le seul levier qui fasse baisser la population elle-même, au lieu de repousser des individus un par un.
- Le fumier : c'est le premier réservoir à mouches et à stomoxes. Évacuation régulière, stockage à distance des bâtiments et des paddocks, tas couvert ou compacté.
- Les eaux stagnantes : seaux oubliés, bâches creuses, gouttières bouchées, abreuvoirs jamais vidés, ornières durables. Ce sont les gîtes larvaires des moustiques ; les vider et les nettoyer suffit souvent.
- Les zones humides et boueuses : les abords d'abreuvoir piétinés et les fonds de parcelle marécageux sont les milieux de développement des culicoïdes. Drainer, déplacer les points d'eau, clôturer les mares.
- La litière et les restes de fourrage : paille humide, foin refusé qui fermente au sol, aliments renversés — autant de supports de ponte à retirer.
- Le vent et l'ombre : un abri ouvert et bien ventilé, ou une haie qui crée du courant d'air, sont de vrais outils anti-culicoïdes. À l'écurie, une bonne circulation d'air réduit nettement leur présence.
- Les horaires : c'est le levier gratuit le plus rentable. Rentrer les chevaux sensibles aux heures de vol des culicoïdes — grossièrement une heure avant le coucher du soleil jusqu'à une heure après le lever — et privilégier la sortie de nuit en pleine chaleur, quand les taons ne volent plus.
Couche 2 — La barrière physique
Ce qui empêche mécaniquement le contact fonctionne toujours, ne s'évapore pas, ne se lave pas à la pluie et ne crée pas de résistance.
- La chemise anti-mouches, couvrant le ventre et remontant sur l'encolure. Pour un cheval dermiteux, une couverture spécifique intégrale, avec couvre-cou et rabat de queue, à mailles suffisamment serrées pour arrêter un culicoïde — beaucoup de modèles standards ne le font pas. Vérifier l'ajustement : une chemise qui glisse laisse la ligne du dos exposée, c'est-à-dire exactement la zone à protéger.
- Le masque, pour les yeux et les mouches d'automne ; un modèle avec protection des naseaux et des oreilles pour les chevaux les plus embêtés. À retirer et contrôler chaque jour : un masque encrassé irrite plus qu'il ne protège.
- Le bonnet à oreilles au travail, et une frange pour les chevaux au pré.
- Les moustiquaires aux ouvertures des boxes des chevaux les plus atteints, et la protection des plaies ouvertes par un pansement adapté tant que la cicatrisation n'est pas acquise.
Couche 3 — Les répulsifs, en complément et pas en substitut
Un répulsif est une aide réelle, mais c'est la couche la plus fragile : la protection dure quelques heures, chute avec la transpiration et la pluie, et son efficacité varie selon les espèces visées — un produit qui tient bien les mouches n'arrête pas forcément les culicoïdes.
Quelques règles simples : choisir un produit explicitement destiné aux équidés et lire l'étiquette, respecter la fréquence et les zones d'application indiquées, tester sur une petite surface avant une première utilisation générale, ne jamais appliquer sur une peau lésée sauf indication vétérinaire, et vérifier la compatibilité avec la réglementation antidopage si l'on est en compétition. Pour les chevaux fortement atteints, il existe des prises en charge vétérinaires spécifiques — c'est une discussion à avoir avec son praticien, pas un choix de rayon.
5. L'automne, la saison qu'on croit tranquille
Fin août, la protection se relâche. Les chemises retournent à l'armoire, les inspections quotidiennes s'espacent, on se dit que le plus dur est passé. C'est un contresens complet, pour quatre raisons.
- Les tiques repartent. Leur activité suit deux pics annuels, un au printemps et un en automne, et le second est souvent sous-estimé. Tant qu'il ne gèle pas durablement, l'inspection après chaque sortie en extérieur reste de rigueur — encolure, ganaches, aisselles, aine, base de la queue, et les zones de peau fine.
- Les culicoïdes sont à leur maximum. Dans beaucoup de régions, l'abondance culmine en fin d'été et se prolonge tant que les nuits restent douces. Pour un cheval dermiteux, arrêter la protection à la rentrée revient à sacrifier tout le bénéfice de l'été.
- Les mouches d'automne s'installent autour des yeux, particulièrement collantes, et entretiennent larmoiements et conjonctivites. Le masque garde son utilité bien après les grandes chaleurs.
- Le rendez-vous des gastérophiles arrive. Les larves avalées pendant l'été sont maintenant dans l'estomac. La vermifugation d'arrière-saison, une fois les mouches adultes disparues après les premières gelées, est la seule façon de solder la saison. À caler avec son vétérinaire, dans le cadre du plan de vermifugation raisonnée du cheval — c'est-à-dire en fonction des analyses, pas d'un calendrier automatique.
La bonne façon de terminer la saison, c'est donc de ne pas la terminer d'un coup : on desserre progressivement, on garde les inspections tiques jusqu'aux gelées, et on inscrit la vermifugation d'arrière-saison au calendrier dès le mois de septembre pour ne pas l'oublier.
6. Acheter ou vendre en saison des insectes : ce que personne ne dit
Voici le chapitre que l'on ne trouve dans aucun guide de soins, et qui vaut pourtant plusieurs milliers d'euros.
À l'achat : l'été et l'automne sont la seule fenêtre où la dermite se voit
Reprenons la caractéristique la plus gênante de la dermite estivale : elle est saisonnière. Elle s'apaise après les premières gelées, les crins repoussent, les croûtes disparaissent, et de novembre à avril un cheval sévèrement dermiteux peut présenter une crinière et une queue parfaitement normales.
La conséquence est mécanique. Acheter un cheval en hiver, c'est acheter à l'aveugle sur ce point précis. Vous découvrirez le problème au printemps suivant, au moment où le cheval devient difficile à sortir et où sa gestion quotidienne change de nature. À l'inverse, un essai en juillet, août ou septembre vous met sous les yeux ce que l'hiver aurait masqué.
Ce qu'il faut regarder concrètement lors d'un essai en saison :
- La crinière et le garrot : crins cassés, clairsemés, épis irréguliers, peau épaissie ou croûteuse à la base.
- La ligne du dos et le ventre : zones dépilées, peau grisâtre ou plissée, traces de frottement.
- La base de la queue : le signe le plus parlant, souvent une queue visiblement rasée ou raccourcie par le frottement.
- Le comportement : un cheval qui cherche à se frotter contre les murs, les clôtures ou les barres pendant l'essai.
- L'équipement présent sur place : une couverture anti-dermite intégrale qui traîne dans la sellerie est une information en soi. Posez la question franchement.
Deux points à ne pas confondre. D'abord, une visite d'achat vétérinaire standard est centrée sur la locomotion et l'examen général : la recherche d'une dermite n'en fait pas partie d'office. Si le sujet vous importe — et il devrait, sur certaines races —, demandez explicitement au vétérinaire d'examiner la peau et de noter ses constatations dans le compte rendu. Ensuite, une dermite ne se voit pas sur des photos d'annonce : rien n'empêche des clichés d'avoir été pris en mars. Demandez des photos datées de la saison en cours, ou une vidéo récente.
Le même raisonnement vaut pour la piroplasmose. Un cheval peut être porteur sans symptôme, ce qui n'a guère de conséquence pour un usage local mais peut bloquer une revente à l'export vers certains pays. Si votre projet inclut une éventuelle revente à l'international, le sujet se traite au moment de la visite d'achat, avec le vétérinaire.
À la vente : déclarer coûte moins cher que taire
Le réflexe de beaucoup de vendeurs est de vendre en hiver et de ne pas aborder le sujet. C'est un mauvais calcul, y compris purement financier.
Une dermite connue et non déclarée, découverte par l'acheteur au printemps suivant, ne se termine pas par un haussement d'épaules : elle se termine par une réclamation, parfois par une remise en cause de la vente, et toujours par une réputation abîmée dans un milieu où tout le monde se connaît. La vente d'un animal engage le vendeur sur ce qu'il savait au moment de la transaction, et le cadre juridique diffère encore selon les pays et selon que la vente est faite entre particuliers ou par un professionnel — raison de plus pour ne rien laisser d'implicite.
La stratégie gagnante est l'inverse : déclarer, documenter, et montrer que c'est géré. Un cheval dermiteux dont l'annonce précise honnêtement la sensibilité, décrit le protocole en place (couverture intégrale, rentrée aux heures de vol, terrain drainé) et montre des photos en pleine saison sous protection, se vend. Plus lentement peut-être, mais à un acheteur informé qui ne reviendra pas six mois plus tard. Un cheval dont la dermite se découvre au printemps, non.
Le même principe s'applique à la piroplasmose : un statut connu, annoncé, avec les analyses à l'appui, est un argument de transparence. Découvert après coup, c'est un litige.
Un poste de budget à ne pas oublier
Enfin, la protection anti-insectes est une ligne de dépense réelle et récurrente, pas un détail : couverture intégrale de qualité pour un cheval dermiteux, chemise et masque de rechange, répulsifs sur cinq à six mois, éventuels soins vétérinaires en cas de surinfection. Pour situer cette dépense dans l'ensemble des coûts de détention, notre article sur le coût réel d'un cheval détaille les postes année après année. Un cheval sensible n'est pas seulement plus contraignant : il coûte davantage, chaque saison.
En résumé
Les insectes de l'été et de l'automne ne forment pas un ennemi unique mais une succession de vagues : mouches et taons en plein jour, culicoïdes à l'aube et au crépuscule, tiques au printemps et à l'automne, gastérophiles qui pondent en été pour nuire en hiver. On les combat dans un ordre précis — le milieu d'abord, la barrière physique ensuite, le répulsif en dernier — et on ne relâche pas la garde en septembre, qui est souvent le mois le plus chargé de la saison. Le point final, c'est la vermifugation d'arrière-saison après les premières gelées, à caler avec son vétérinaire.
Et si vous êtes en train d'acheter ou de vendre, retenez la seule chose que la belle saison vous offre gratuitement : c'est la seule période de l'année où l'on voit ce qu'un cheval cache en hiver. Profitez-en.
Vous cherchez un cheval ? C'est la bonne saison pour aller le voir. Parcourez les chevaux disponibles, et repérez ceux dont la visite vétérinaire est déjà réalisée. Vous vendez ? Déposez votre annonce avec des photos prises maintenant, en pleine saison : c'est ce que les acheteurs sérieux recherchent en premier.
Protéger son cheval des insectes, de mai aux premières gelées
Durée estimée : 45 min
- 1
Assainissez le milieu avant tout le reste : évacuez le fumier loin des paddocks, supprimez toutes les eaux stagnantes (seaux, bâches, gouttières, abreuvoirs), drainez les abords boueux et retirez la litière humide et le fourrage fermenté. C'est le seul levier qui fasse baisser la population d'insectes elle-même.
- 2
Décalez les horaires de sortie : rentrez les chevaux sensibles pendant les heures de vol des culicoïdes, environ une heure avant le coucher du soleil et jusqu'à une heure après son lever, et privilégiez la sortie de nuit en pleine chaleur pour éviter les taons. Installez ou dégagez un abri bien ventilé, le vent gênant fortement les moucherons.
- 3
Équipez le cheval d'une barrière physique adaptée : chemise couvrant ventre et encolure, masque avec protection des naseaux et des oreilles, et pour un cheval dermiteux une couverture intégrale à mailles serrées avec couvre-cou et rabat de queue. Vérifiez chaque jour l'ajustement : une chemise qui glisse laisse la ligne du dos exposée.
- 4
Complétez avec un répulsif explicitement destiné aux équidés, en respectant la fréquence et les zones d'application de l'étiquette, jamais sur une peau lésée sans avis vétérinaire, et en vérifiant la compatibilité avec la réglementation antidopage en cas de compétition. Le répulsif complète les deux premières couches, il ne les remplace pas.
- 5
Inspectez le cheval après chaque sortie en extérieur au printemps et de nouveau en automne : encolure, ganaches, aisselles, aine, mamelle ou fourreau, base de la queue. Retirez toute tique entière avec un crochet adapté, sans l'écraser ni la traiter avec un produit, désinfectez et surveillez la zone les jours suivants.
- 6
Retirez chaque semaine les œufs jaunes de gastérophiles collés aux antérieurs, aux épaules et aux ganaches, puis planifiez avec votre vétérinaire la vermifugation d'arrière-saison ciblant les larves, réalisée après les premières gelées quand les mouches adultes ne volent plus. Ne relâchez la protection qu'une fois cette étape faite.
Questions fréquentes
Comment reconnaître une dermite estivale chez un cheval ?+
La dermite estivale récidivante est une réaction allergique à la salive des culicoïdes. Elle se manifeste par une démangeaison intense qui pousse le cheval à se frotter contre tout ce qu'il trouve, avec des lésions localisées principalement à la crinière, au garrot, à la ligne du dos, au ventre et à la base de la queue : crins cassés ou arrachés, zones dépilées, peau épaissie ou croûteuse, parfois surinfectée. Elle apparaît avec les culicoïdes et s'apaise après les premières gelées, ce qui explique qu'un cheval atteint puisse paraître parfaitement sain en hiver. Seul un vétérinaire peut poser le diagnostic et écarter les autres causes de démangeaison.
Peut-on voir qu'un cheval est dermiteux quand on l'achète en hiver ?+
Très difficilement, et c'est tout le problème. La dermite étant saisonnière, les lésions cicatrisent et les crins repoussent pendant la mauvaise saison : un cheval sévèrement atteint peut présenter une crinière et une queue normales de novembre à avril. Si vous visitez hors saison, demandez explicitement au vendeur si le cheval a déjà présenté des démangeaisons ou des frottements au printemps ou en été, s'il porte une couverture anti-dermite et depuis quand, s'il a été suivi pour un problème de peau, et réclamez des photos ou vidéos datées de juillet ou août. Conservez les échanges par écrit.
La visite d'achat vétérinaire détecte-t-elle la dermite ?+
Pas automatiquement. Une visite d'achat standard est centrée sur l'examen général et la locomotion ; la recherche d'une sensibilité cutanée n'en fait pas partie d'office. Si le sujet vous importe, demandez explicitement au vétérinaire d'examiner la peau, la crinière et la base de la queue, et de consigner ses constatations dans le compte rendu écrit. En pleine saison, cet examen est bien plus informatif qu'en hiver. Le même raisonnement vaut pour la piroplasmose, qui se dépiste par prise de sang et qui mérite d'être abordée si une revente à l'export est envisagée.
Quels sont ces petits œufs jaunes sur les membres de mon cheval ?+
Ce sont les pontes de gastérophiles, des mouches qui ne piquent pas mais collent leurs œufs sur les poils des antérieurs, des épaules et des ganaches pendant l'été. Le cheval les avale en se léchant et les larves passent l'hiver fixées à la paroi de son estomac : le préjudice survient donc plusieurs mois après la ponte. Deux gestes : retirer mécaniquement les œufs visibles pendant la saison, un pansage attentif de la région en enlevant déjà beaucoup ; et prévoir avec votre vétérinaire la vermifugation d'arrière-saison ciblant les larves, après les premières gelées, dans le cadre du plan de vermifugation raisonnée du cheval.
Les insectes sont-ils vraiment un problème en septembre et en octobre ?+
Oui, et c'est le mois le plus sous-estimé de la saison. Les tiques connaissent un second pic d'activité en automne, aussi important que celui du printemps, et restent actives tant qu'il ne gèle pas durablement. Les culicoïdes atteignent souvent leur abondance maximale en fin d'été et se prolongent tant que les nuits restent douces, ce qui rend l'arrêt de la protection très pénalisant pour un cheval dermiteux. Les mouches d'automne, particulièrement collantes, s'installent autour des yeux et entretiennent larmoiements et conjonctivites. Desserrez la protection progressivement, pas d'un seul coup à la rentrée.
Faut-il déclarer une dermite quand on vend son cheval ?+
Oui, et c'est aussi le calcul le plus rentable. Une dermite connue et non déclarée réapparaîtra au printemps suivant chez l'acheteur, avec à la clé une réclamation, parfois une remise en cause de la vente, et une réputation abîmée dans un milieu où tout se sait. La vente engage le vendeur sur ce qu'il savait au moment de la transaction, et le cadre juridique varie selon les pays et selon que la vente est faite entre particuliers ou par un professionnel. À l'inverse, une annonce qui précise honnêtement la sensibilité, décrit le protocole de gestion en place et montre des photos en pleine saison sous protection attire un acheteur informé, qui ne reviendra pas six mois plus tard.