Ulcères gastriques du cheval : signes, causes et prévention
Par Equipe

Un cheval de loisir sur trois en aurait. Pourquoi l'estomac du cheval est si fragile, les signes qui doivent alerter et comment les prévenir au quotidien.
Il couche les oreilles quand on resserre la sangle, laisse une partie de sa ration, se montre « de mauvais poil » depuis quelques semaines, a perdu un peu d'état sans raison apparente. On met ça sur le compte du caractère, de la saison, de l'âge. Et si c'était son estomac ? Longtemps considérés comme une affaire de chevaux de course, les ulcères gastriques sont aujourd'hui retrouvés chez une part importante des chevaux de sport et de loisir — y compris chez des chevaux qui ne font jamais de compétition. La bonne nouvelle, c'est que la prévention repose d'abord sur la façon dont le cheval vit et mange : des choses que tout propriétaire peut changer. Ce guide explique pourquoi l'estomac du cheval est si fragile, quels chevaux sont les plus exposés, quels signes doivent alerter, comment se fait le diagnostic et comment réduire le risque au quotidien.
1. Pourquoi l'estomac du cheval est si fragile
Le cheval est un herbivore conçu pour brouter presque en continu, par petites quantités, pendant une grande partie de la journée. Tout son appareil digestif est bâti sur ce modèle, et son estomac en porte trois conséquences directes :
- Il est petit. À l'échelle de l'animal, l'estomac du cheval est de taille modeste : il est fait pour recevoir un flux régulier de fourrage, pas deux gros repas par jour.
- Il produit de l'acide en permanence. Contrairement au nôtre, l'estomac du cheval sécrète de l'acide en continu, qu'il mange ou non. Quand il est vide, cet acide n'a plus rien à digérer… sauf la paroi.
- Sa protection dépend de la mastication. La salive, qui neutralise une partie de l'acidité, n'est produite que lorsque le cheval mâche. Et le fourrage mastiqué forme dans l'estomac un « matelas » fibreux qui limite les remontées d'acide. Pas de fourrage, pas de mastication, pas de protection.
L'estomac du cheval se divise en outre en deux parties très différentes, et c'est essentiel pour comprendre la maladie :
- La partie haute, dite squameuse, est tapissée d'une muqueuse qui ressemble à celle de l'œsophage. Elle n'a presque aucune défense contre l'acide. Ses lésions portent le nom d'ESGD (Equine Squamous Gastric Disease).
- La partie basse, dite glandulaire, sécrète l'acide et possède ses propres systèmes de protection (mucus, bicarbonates). Ses lésions — l'EGGD (Equine Glandular Gastric Disease) — surviennent quand ces défenses sont débordées, et semblent davantage liées au stress et à l'individu.
Depuis le consensus du Collège européen de médecine interne équine (ECEIM) en 2015, les vétérinaires parlent de syndrome d'ulcère gastrique équin (SUGE, ou EGUS en anglais) pour désigner l'ensemble, et distinguent systématiquement ces deux formes : elles n'ont ni les mêmes causes, ni la même évolution, ni tout à fait la même prise en charge.
2. Quels chevaux sont concernés ?
Tous, à des degrés divers. Les chiffres varient beaucoup d'une étude à l'autre — selon le pays, la population, la saison, le niveau d'entraînement —, mais la tendance est nette :
| Population étudiée | Ulcères squameux (ESGD) | Ulcères glandulaires (EGGD) |
|---|---|---|
| Pur-sang de course à l'entraînement | jusqu'à 100 % | 25 à 65 % |
| Pur-sang de course hors entraînement | 37 à 52 % | — |
| Chevaux d'endurance à l'entraînement | 57 à 93 % | — |
| Chevaux de CSO (Canada) | — | 72 % |
| Chevaux de loisir et d'élevage (Italie, 316 chevaux, 2024) | 36 % | 10 % |
Deux enseignements. D'abord, le travail intense et prolongé est le premier facteur des ulcères squameux : chez les chevaux de course, la proportion bondit dès la mise à l'entraînement. Ensuite, le cheval de loisir n'est pas épargné : dans l'étude italienne, plus d'un cheval sur trois présentait des lésions squameuses, alors qu'il s'agissait de chevaux de balade, de loisir et de reproduction. Chez eux, ce sont surtout la façon dont ils sont logés et nourris qui font la différence.
3. Les facteurs de risque
Un ulcère n'a presque jamais une cause unique. C'est l'accumulation de facteurs qui fait basculer un estomac, et beaucoup d'entre eux sont liés à la conduite du cheval plutôt qu'au cheval lui-même.
- Les longues périodes sans manger. C'est le facteur le plus simple à comprendre : un estomac vide baigne dans son acide. Les nuits où le foin est terminé à 22 h et le petit-déjeuner servi à 8 h sont exactement ce qu'il faut éviter. Les repères publiés situent le risque au-delà d'environ 6 heures de jeûne.
- Trop peu de fourrage. La recommandation la plus citée est d'au moins 2 % du poids du cheval en fourrage par jour (matière sèche), soit environ 10 kg pour un cheval de 500 kg, et jamais moins de 1 %. Un cheval au régime doit l'être par un foin moins riche, pas par moins de foin.
- Les repas riches en amidon. Les céréales et les granulés riches en amidon fermentent dans l'estomac et en augmentent l'acidité. Plus les repas de concentrés sont gros, plus le risque monte : mieux vaut plusieurs petits repas qu'un gros, et une ration dont l'énergie vient autant que possible des fibres.
- Le travail au trot et au galop. À ces allures, la pression abdominale fait remonter l'acide vers la partie haute, sans défense, de l'estomac. Plus le travail est long et intense, plus l'exposition est grande — d'où l'intérêt de ne jamais travailler un cheval le ventre vide.
- Le box et l'isolement. Moins de pré, moins de contacts avec les congénères : dans l'étude italienne, un accès limité au paddock faisait partie des facteurs associés aux ulcères squameux.
- Le stress et les changements. Transport, compétition, changement d'écurie, de propriétaire, de groupe, hospitalisation. Un changement récent de propriétaire ressort d'ailleurs comme facteur de risque — ce qui concerne directement tout cheval qui vient d'être vendu.
- Certains médicaments. Les anti-inflammatoires, utilisés pour une boiterie ou une douleur, peuvent favoriser les deux formes d'ulcères, même aux doses habituelles. Ce n'est pas une raison pour s'en priver quand le vétérinaire les prescrit : c'est une raison pour ne jamais en donner de sa propre initiative, et pour signaler au vétérinaire tout changement de comportement pendant un traitement.
4. Les signes qui doivent alerter
C'est la difficulté majeure de cette maladie : ses signes sont discrets, variables et peu spécifiques. Beaucoup de chevaux porteurs d'ulcères ne montrent rien, et chacun des signes ci-dessous peut avoir une tout autre cause — une douleur dorsale, une selle inadaptée, une boiterie débutante, un problème dentaire. Ils ne doivent donc jamais servir à « diagnostiquer » à la maison, mais à se poser la question avec son vétérinaire.
| Domaine | Ce qu'on peut observer |
|---|---|
| Appétit | Laisse une partie de ses concentrés, mange lentement, trie sa ration, préfère le foin au grain |
| État général | Perte d'état ou difficulté à prendre du poids, poil terne |
| Comportement | Humeur changée, irritabilité, oreilles couchées, sensibilité au pansage sur les flancs ou le ventre |
| Sellage et travail | Réaction au sanglage, baisse de performance, manque d'envie, refus inhabituels, résistances |
| Digestion | Petites coliques à répétition, souvent peu après les repas |
| Autres | Grincement de dents, bâillements fréquents, tic à l'appui ou à l'air apparu récemment |
Le signal le plus utile n'est pas un signe isolé, mais un changement : un cheval qui ne se comportait pas ainsi il y a quelques mois, surtout si ce changement coïncide avec une période de travail plus intense, un déménagement, une hospitalisation ou un traitement.
5. Le diagnostic : la gastroscopie, et rien d'autre
Il n'existe à ce jour qu'un seul moyen fiable de savoir si un cheval a des ulcères, de quel type et de quelle gravité : regarder l'intérieur de son estomac. C'est la gastroscopie, réalisée par un vétérinaire équipé d'un endoscope de longueur suffisante — l'estomac d'un cheval se trouve loin des naseaux.
- Le cheval doit être à jeun, pour que l'estomac soit visible. Le vétérinaire précise la durée et les consignes (retrait du foin, de la litière consommable, parfois de l'eau quelques heures avant).
- L'examen se fait debout, sous sédation légère. La caméra passe par le nez, descend l'œsophage et explore les deux parties de l'estomac, parfois jusqu'à l'entrée de l'intestin.
- Les lésions sont notées. Pour la partie squameuse, le consensus ECEIM propose un grade de 0 (muqueuse intacte) à 4 (lésions étendues et profondes). Les lésions glandulaires sont décrites plutôt que gradées, car leur gravité apparente ne reflète pas toujours leur importance clinique.
Pourquoi ne pas « tester » un traitement pour voir si le cheval va mieux ? Parce qu'une amélioration ne prouve rien — le cheval peut s'améliorer pour d'autres raisons —, qu'une absence d'amélioration non plus — les deux formes d'ulcères ne répondent pas de la même façon —, et qu'on ne peut pas savoir sans contrôle si les lésions ont réellement cicatrisé. C'est aussi la gastroscopie de contrôle, en fin de traitement, qui permet au vétérinaire de décider de la suite.
6. Prévenir au quotidien : ce que vous pouvez changer dès demain
Le traitement relève du vétérinaire. La prévention, elle, relève de vous — et elle est efficace, parce que la plupart des facteurs de risque tiennent à la conduite du cheval. Les repères ci-dessous sont ceux de la littérature vétérinaire ; ils valent pour tout cheval, ulcéreux ou non.
- Du fourrage en continu, ou presque. Visez au moins 2 % de son poids en fourrage par jour et, surtout, pas plus de 6 heures sans rien à mâcher. La nuit est le point critique : un filet à petites mailles ralentit la consommation et fait durer le foin jusqu'au matin.
- Des concentrés en petits repas. Si le cheval a besoin de concentrés, fractionnez-les en deux ou trois petits repas plutôt qu'un gros, et demandez à votre vétérinaire ou à un nutritionniste de réduire la part d'amidon au profit d'aliments riches en fibres et en matières grasses. Beaucoup de chevaux de loisir n'ont d'ailleurs pas besoin de concentrés du tout.
- Jamais de travail le ventre vide. Une petite quantité de foin avant de monter — quelques centaines de grammes suffisent dans les études — forme le « matelas » qui limite les remontées d'acide pendant le trot et le galop.
- Du temps au pré, et des copains. Le pâturage, c'est de la mastication continue et du mouvement libre ; la présence de congénères réduit le stress. Même quelques heures par jour changent la donne pour un cheval au box.
- Des jours de repos. Un programme de travail intense sans pause est un facteur de risque en soi. Les recommandations pour les chevaux de sport prévoient deux à trois jours de repos par semaine.
- Des changements progressifs. Nouvelle ration, nouvelle écurie, nouveau rythme : tout ce qui peut se faire progressivement doit l'être.
- Un transport préparé. Du foin à disposition pendant le trajet, de l'eau aux pauses, des trajets pas plus longs que nécessaire. Les règles et les bonnes pratiques de transport sont détaillées dans notre article sur le transport des chevaux.
- De l'eau propre à volonté, toujours, y compris l'hiver quand les abreuvoirs gèlent.
7. À l'achat, à la vente et en pension
Vous achetez. Les ulcères gastriques ne font pas partie des examens de base d'une visite d'achat, et un cheval peut en porter sans aucun signe à l'essai. Si le cheval est destiné au sport, s'il a été très sollicité, ou si quelque chose vous a interpellé (état, appétit, réaction au sanglage), vous pouvez demander à votre vétérinaire une gastroscopie en complément. Notre guide de la visite d'achat explique comment se décident ces examens complémentaires. Et une fois le cheval chez vous, souvenez-vous qu'un changement de propriétaire est lui-même un facteur de risque : nos conseils pour les premières semaines valent aussi pour son estomac.
Vous vendez. Si votre cheval a été traité pour des ulcères, dites-le : c'est une information de santé que l'acheteur est en droit de connaître, et un cheval bien suivi, dont la conduite a été adaptée, se vend mieux qu'un cheval dont l'historique ressurgit après la vente. Précisez dans l'annonce son mode de vie (pré, box, ration) — c'est une information précieuse pour l'acheteur.
Vous choisissez une pension. Le mode de vie compte autant que la ration. En visitant les écuries autour de chez vous, posez les questions qui comptent pour l'estomac :
- À quelle heure est distribué le dernier foin, et en reste-t-il le matin ?
- Le foin est-il à volonté, en filet, au râtelier ? Combien de repas de concentrés par jour ?
- Combien d'heures de sortie au pré ou au paddock, et en groupe ou seul ?
- Peut-on adapter la ration sur prescription du vétérinaire ?
Ce qu'il faut retenir
L'estomac du cheval produit de l'acide en permanence et ne se protège que lorsqu'il mastique : c'est un organe fait pour recevoir du fourrage en continu. Les ulcères gastriques, squameux ou glandulaires, touchent la grande majorité des chevaux de course à l'entraînement, mais aussi plus d'un cheval de loisir sur trois dans certaines études. Leurs signes — appétit capricieux, perte d'état, humeur changée, réaction au sanglage, petites coliques — sont discrets et peu spécifiques : seule la gastroscopie permet un diagnostic, et seul le vétérinaire décide du traitement. La prévention, elle, est entre vos mains : au moins 2 % du poids en fourrage par jour, jamais plus de six heures sans rien à mâcher, des concentrés en petits repas pauvres en amidon, un peu de foin avant de travailler, du pré, des congénères, des jours de repos et des changements progressifs. Autrement dit : laisser le cheval vivre le plus possible comme un cheval.
Pour aller plus loin, découvrez notre autre article santé sur la myopathie atypique et l'érable sycomore, repérez une pension adaptée près de chez vous, ou parcourez les chevaux à vendre en regardant, dans chaque annonce, comment ils vivent.
Réduire le risque d'ulcères gastriques chez son cheval en 6 étapes
Durée estimée : P14D
- 1
Faites le point sur les horaires de repas : notez l'heure du dernier foin du soir et de la première distribution du matin, et repérez toute période de plus de 6 heures sans rien à mâcher.
- 2
Assurez au moins 2 % du poids du cheval en fourrage par jour, soit environ 10 kg pour un cheval de 500 kg, et utilisez un filet à petites mailles pour faire durer le foin la nuit.
- 3
Fractionnez les concentrés en deux ou trois petits repas et demandez à votre vétérinaire ou à un nutritionniste de réduire la part d'amidon au profit des fibres.
- 4
Donnez une petite quantité de foin avant chaque séance de travail, pour ne jamais trotter ni galoper le ventre vide.
- 5
Augmentez le temps de sortie au pré ou au paddock, idéalement avec des congénères, et prévoyez des jours de repos dans la semaine.
- 6
Si le comportement, l'appétit ou l'état du cheval change, notez ce que vous observez et parlez-en à votre vétérinaire : seule une gastroscopie permet de confirmer ou d'écarter des ulcères.
Questions fréquentes
Quels sont les symptômes d'un ulcère gastrique chez le cheval ?+
Les signes sont discrets et peu spécifiques : appétit capricieux (surtout pour les concentrés), perte d'état, poil terne, humeur changée, réaction au sanglage ou au pansage sur les flancs, baisse de performance, petites coliques à répétition après les repas. Beaucoup de chevaux porteurs d'ulcères ne montrent aucun signe, et chacun de ces signes peut avoir une autre cause. C'est un changement de comportement qui doit amener à en parler au vétérinaire.
Comment le vétérinaire diagnostique-t-il un ulcère gastrique ?+
Par une gastroscopie : une caméra introduite par le nez jusque dans l'estomac, sur un cheval à jeun, debout et sous sédation légère. C'est le seul examen qui permet de confirmer la présence d'ulcères, de préciser leur type (partie squameuse ou glandulaire de l'estomac) et leur gravité. Aucune prise de sang ni aucun signe clinique ne permet à ce jour de poser le diagnostic de façon fiable.
Un cheval de loisir peut-il avoir des ulcères gastriques ?+
Oui. Les ulcères sont plus fréquents chez les chevaux de course et de sport, mais une étude italienne de 2024 portant sur 316 chevaux de loisir et d'élevage a trouvé des lésions de la partie squameuse de l'estomac chez 36 % d'entre eux. Chez le cheval de loisir, ce sont surtout les longues périodes sans fourrage, le manque de sorties au pré et le stress qui sont en cause.
Combien de temps un cheval peut-il rester sans manger ?+
Le moins longtemps possible. L'estomac du cheval produit de l'acide en continu, et les repères publiés situent le risque d'ulcères au-delà d'environ 6 heures sans fourrage. La nuit est le moment critique : si le foin est terminé tard le soir et que rien n'est distribué avant le matin, un filet à petites mailles permet de faire durer la ration.
Quelle quantité de foin donner pour protéger l'estomac du cheval ?+
La recommandation la plus citée est d'au moins 2 % du poids du cheval en fourrage par jour, soit environ 10 kg pour un cheval de 500 kg, et jamais moins de 1 %. Pour un cheval qui doit perdre du poids, on choisit un foin moins riche plutôt que de réduire la quantité, afin de ne pas allonger les périodes à estomac vide.
Faut-il donner du foin avant de monter à cheval ?+
Oui, une petite quantité suffit. Au trot et au galop, l'acide remonte vers la partie haute de l'estomac, qui n'a presque aucune défense. Le fourrage mastiqué juste avant forme un « matelas » fibreux qui limite ces remontées. Quelques centaines de grammes de foin avant la séance sont une habitude simple et utile.
Les anti-inflammatoires peuvent-ils provoquer des ulcères chez le cheval ?+
Ils peuvent favoriser les ulcères, y compris aux doses habituelles. Ce n'est pas une raison pour s'en priver quand le vétérinaire les prescrit, mais c'est une raison pour ne jamais en donner de sa propre initiative et pour signaler au vétérinaire toute baisse d'appétit ou tout changement de comportement pendant le traitement.
Peut-on traiter un ulcère gastrique sans vétérinaire ?+
Non. Le traitement dépend du type d'ulcère, les deux formes ne répondant pas de la même façon, et seule une gastroscopie permet de le connaître puis de vérifier la cicatrisation. Un traitement donné à l'aveugle peut masquer une autre maladie et retarder le bon diagnostic. Ce que le propriétaire peut faire, c'est la prévention : fourrage, pré, petits repas, moins de stress.